Pourquoi j’ai créé « LE GANGAJAL AQUITAINE » ?

Ce matin du 12 mai 2003, je découvre la photo de Raymonde HERBET en dernière page du Sud-Ouest, je lis l’article qui l’accompagne et… ma vie bascule alors dans la plus inattendue et magnifique des histoires d’amour !
Les enfants, les sœurs, l’Association… Et voilà qu’une force instinctive et inouïe s’empare de moi et me poussera à m’investir au-delà d’un simple parrainage. De fil en aiguille, le 23 octobre 2003, je pars enfin pour un séjour d’un mois sur place en Inde (encore merci, Raymonde, pour votre amitié et pour votre confiance !).

C’est la peur au ventre, je l’avoue, que j’arrive à Calcutta. Je ne parle pas l’anglais et le comprends très mal. A la sortie de l’aéroport, émergeant d’une foule dense et agitée, un homme s’approche de moi et m’aborde : « Vous êtes Bernadette Tisné ? ». Je faisais ainsi la connaissance de Partho, le guide indien qui avait si souvent accompagné Raymonde auparavant.

Le spectacle de la rue, identique à ce que l’on voit dans les films, me confirme que je suis bien arrivée à Calcutta : je me retrouve plongée dans un pêle-mêle assourdissant et affairé de voitures, vélos, camions, rickshaws, animaux, hommes, femmes et enfants.
C’est ainsi que Raymonde HERBET crée l’Association "Les Eaux du Gange de Gangajal" en 1992.

Nous nous rendons directement dans un quartier pauvre, où se trouve un des « mouroirs » de Mère Teresa. Là, dans une immense salle remplie d’une centaine de lits, gisent des malades de tous âges aux corps décharnés et aux visages marqués des sillons d’une même souffrance humble et résignée. Un jeune homme d’une vingtaine d’années, la jambe maintenue en extension, les os disproportionnés saillants horriblement sous la peau, murmure en me souriant et me tend la main. Partho me dit : « vas-y ». J’approche, pleine de honte et de désarroi face à mon inutilité et à mon impuissance. Puis, de lit en lit, de main en main, de sourire en sourire, de murmures sans mots pour se comprendre mais qui se parlent tant en regards chargés de gratitude et de douceur, mon cœur se remplit de joie. Une sacrée leçon de vie ! Comme faisant un pied de nez à l’insoutenable et au désastre inhumain dont ils sont les victimes, ces êtres rongés par la misère, la maladie et la douleur, mais la bonté naturelle encore invaincue, trouvent la force de communiquer avec amour. Après deux jours passés à Calcutta, nous partons pour BALASORE à la rencontre

Après deux jours passés à Calcutta, nous partons pour BALASORE à la rencontre des Filles de la Charité et de leur Nursery (œuvre de Raymonde). Je suis accueillie chaleureusement par les Sœurs et par une soixantaine d’enfants de 2 à 7 ans, aux regards imprégnés de lumière et débordant de gentillesse, qui chantent, dansent, me sourient, m’appellent et me passent même autour du cou un collier de fleurs qu’ils ont confectionné eux-mêmes. Je passe avec eux des moments inoubliables et merveilleux. Ils sont adorables dans leurs uniformes que les plus grands leur confectionnent dans l’atelier de couture où, une fois leur scolarité terminée, ils viennent apprendre un métier.
Combien d’entre eux seraient déjà malades, voire même morts, et de toutes façons voués à un improbable avenir, si les Sœurs ne luttaient pas sans relâche pour trouver les moyens de les héberger, de les soigner et de les éduquer ? Car il est évident que leurs parents, atteints principalement de la lèpre, mais aussi de tant d’autres épouvantables maladies, sont isolés dans les villages reculés de la forêt et ne peuvent pas, seuls, assurer leur survie.
J’ai justement l’occasion de me rendre dans la forêt, au village des parents lépreux, en accompagnant une des Sœurs un jour d’ouverture du dispensaire. J’y découvre des habitations d’une vétusté inimaginable, d’où sortent peu à peu, lentement, péniblement, des hommes et des femmes mutilés et défigurés par la maladie. Ils joignent ce qui reste de leurs mains pour nous saluer, « Namasté ! », leur salut traditionnel que nous leur rendons avec douceur, devinant derrière la grimace déchirante des uns le sourire chaleureux de tous.
Instants là encore empreints d’Amour et d’une rare intensité, où leur regard vous touche au plus profond de vous-même. Et une expérience d’autant plus bouleversante que, par delà la misère, la maladie, l’outrage abominable et répugnant de leur condition, l’émotion qu’ils vous transmettent et dont ils illuminent cet échange est bel et bien de la joie !
Au cours des 12 jours passés à Balasore, j’ai participé aux tâches quotidiennes des sœurs auprès des malades adultes et des enfants. J’ai visité les pensionnats et les écoles, où vivent et sont scolarisés les enfants que nous parrainons. J’y ai croisé des centaines de regards pleins d’espoir. Oui, nous représentons leur espoir de survivre, de grandir et de s’instruire !
Plus au Nord, au Centre d’Adra, vivent une soixantaine de fillettes qui ont entre 5 et 16 ans. Pendant 5 jours, je partage leur quotidien : réveil en musique à 5 heures, entretien des locaux, soins aux animaux qui vivent sur place, 9h30 petit déjeuner, 10h départ à l’école jusqu’à 14h, puis repas, devoirs, détente et veillée du soir.
Le jour du départ, la séparation est difficile et, cette fois, les visages des enfants expriment une profonde tristesse. Mais non, ne soyez pas triste, car je ne vous abandonne pas !

En Inde, j’ai beaucoup reçu et peu donné. Je ne pouvais en rester là…